Grandir en se séparant
- astridmariesallets
- il y a 7 heures
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La vie est un continuum de cycles. Après l’automne vient l’hiver, après le petit matin vient le soleil de midi. La nature a besoin de cycles. Et elle a besoin de s’éteindre pour pouvoir renaître.
Le couple n’échappe pas à ces cycles : il a aussi besoin de perdre ses feuilles et de vivre l’hiver. Régulièrement il a besoin que les partenaires quittent certains de leurs schémas, croyances, habitudes, pour permettre a une nouvelle manière d’être en lien plus épanouissante d’émerger. Et parfois c’est tout le couple lui-même qui a besoin de s’éteindre : la vie appelle à ce que les partenaires se séparent.
Ce n’est pas facile de se dire au revoir. Beaucoup d’espoirs se trouvent logés dans la rencontre amoureuse. Souvent des espoirs très profonds.
Cela rend le discernement d’autant plus complexe. Est-ce toute la relation de couple qui appelle à se séparer pour que les partenaires retrouvent leur axe et s’épanouissent ? Ou est-ce là un appel à grandir ensemble, à cocréer ensemble cette nouvelle manière plus alignée et plus épanouissante d’être en lien ?
Dans ces passages, tout s’entremêle, c’est bien souvent chaotique et douloureux.
J’ai été plusieurs fois traversée par l’envie de me séparer de mon compagnon actuel. J’ai beaucoup de gratitude envers Sylvain pour toute l’honnêteté et l’amour avec lequel nous avons traversés ces passages.
Comment les rendre vertueux ? Comment grandir dans ces passages qu’elle qu’en soit l’issue ?
Car avant toute chose la vie appelle à ce que l’on grandisse, ensemble ou séparément.

La gratitude est un vecteur puissant pour générer une dynamique vertueuse, de croissance.
Pour ma part, c’est même très concret, quand j’émets une gratitude de vive voix, je ressens une spirale d’énergie vertueuse qui se crée dans le subtil au niveau de mon cœur et parfois même tout autour de moi.
C’est donc l’une de mes astuces phares dans ces passages difficiles où je cherche à discerner, à comprendre, à grandir. Où souvent je lutte, me blesse et blesse l’autre malgré moi. J’essaie alors aussi d’ouvrir mon cœur en proposant régulièrement un échange de gratitudes à mon compagnon. En étant dans une dynamique intérieure d’appréciation et de valorisation de l’autre, cela me place dans un espace de paix. Et de cet espace de paix, je gagne en confiance. J’ai moins peur de me séparer et moins peur de rester. Nos cœurs se laissent parler, nos visions différentes font connaissance, se rencontrent. Et je peux prendre une décision alignée.
Voici un exercice pour te guider dans cette pratique de la gratitude.
Tu peux la vivre que tu sois ou non dans une phase de discernement : se connecter à la gratitude c’est profitable à tout instant !
Et tu peux la réaliser seul(e) ou ensemble avec ton/ta partenaire. Mais je vous invite vivement à la vivre plutôt ensemble si vous y êtes chacun(e) ouvert(e).
Prenez chacun(e) une feuille et un stylo et notez toutes les choses que vous aimez chez votre partenaire.
Peu importe la quantité de choses que vous écrivez : 4, 10, 21 choses? Ce qui est essentiel c’est la démarche. L’important c’est de sentir que l’on étire son cœur sans pour autant faire de claquage : peut-être aujourd’hui vous pouvez monter jusqu’à 4 appréciations, et dans quelques mois après un peu d’entraînement vous montrez jusqu’à 21 aisément, ou jusqu’à 10 les jours plus difficiles de votre lien. A chacun de sentir jusqu’où c’est juste pour lui d’aller aujourd’hui. C’est vraiment comme quand on étire un muscle : on ne force pas, on tire juste un peu pour assouplir. C’est l’entraînement régulier qui rend le cœur souple, pas de forcer.
Je vous donne ici quelques idées :
des choses en lien avec son corps (son regard, l’odeur de sa peau, la forme de ses hanches,..)
des qualités (son humour, son calme, sa franchise,..)
des scènes que vous aimez regarder (le voir rire avec les enfants, la voir coudre tranquillement,..)
des choses en lien avec son essence, son âme (son regard sur le monde, sa philosophie de vie, ses valeurs..)
Enfin, dans le cas où vous avez réalisé cet exercice ensemble, prenez le temps de vous partager de vive voix toutes vos appréciations (osez dire et pas seulement écrire :-). Laissez un peu de temps entre chaque appréciation pour vous laisser toucher l’un comme l’autre. Et regardez-vous dans les yeux quand vous vous portez ces mots.
Dans le cas où tu as effectué l’exercice seul(e), prends simplement le temps de te relire. Ici aussi ne précipite pas ta lecture, respire entre chacune de tes appréciations.
Quand vous avez terminé, observez comment vous vous sentez. La gratitude génère habituellement une dynamique intérieure vertueuse : là où l’on se sentait tourner en rond dans une situation, un nouveau regard plus doux et fructueux s’installe, observez.
Beaucoup d’espoirs se trouvent souvent logés dans la rencontre amoureuse.
Des espoirs très profonds.
Certains vont s’accrocher à tous prix au lien pour vivre ces espoirs. D’autres lâchent très facilement la relation amoureuse par peur de les vivre. La gratitude aide à rester souple, curieux, à s’accrocher et à lâcher à la fois. Elle aide à rester vivant.
Prenez un arbre, un pommier, mon parallèle est peut-être un peu étonnant… Mais j’ose quand même !
Prenez un beau pommier abondant de pommes… Et voyez comme toutes les fleurs n’ont pour autant pas été fécondées au printemps, il y aurait si non trop de pommes. Et toutes les pommes n’arrivent pas à maturité sur cette arbre : certaines tombent vertes, sont parasitées avant d’être mûres par les insectes, etc. Si toutes les pommes devaient arriver pleinement à maturité, l’arbre serait trop lourd. La vie est ainsi, elle rompt parfois le processus en cours.
Admettons que les pommes de ce pommier représentent des couples.
A chaque fois qu’il y a désir, attraction entre deux personnes, que la fleur de pommier est pleine ouverte, prête à être fécondée, parfois elle se féconde et parfois pas. En tous cas, si toutes se fécondaient, il y aurait beaucoup trop de pommes. A chaque fois que j’éprouve du désir pour un autre ce n’est pas nécessairement que la vie me pousse à former un couple avec cet autre, je peux aussi simplement apprécier le parfum de cette fleur ouverte, apprécier ce désir qui m’habite sans rien en faire. Et parfois la vie me pousse à faire couple avec cet autre, à me féconder.
De même, mon couple mûrit joliment de jour en jour, mais cela ne veut pas dire qu’il arrivera jusqu’à maturité d’ici la fin de notre relation. Toutes les pommes n’ont pas à grandir jusqu’à maturité. L’arbre en serait trop lourd. La vie peut nous pousser à nous séparer avant ce stade. Et d’autres couples atteignent ce stade de maturité : ces pommes rayonnantes et délicieusement mûres. Toujours en chemin bien sûr, mais déjà si mûrs.
Et puis à un moment vient à la pomme mûre de tomber, vient au couple, bien que délicieusement épanoui, de se séparer. Parfois cette séparation correspond à la fin de vie physique de l’un des deux partenaires, et parfois pas.
Cette vision des couples, du désir et de la séparation, comme les pommes d’un grand pommier, je l’ai à vrai dire reçue en guidance d’une amie medium alors que je me questionnais sur mon propre rapport à l’engagement et à la séparation. Elle a profondément résonné en moi. Aujourd’hui, j’espère qu’avec mon compagnon nous puissions devenir l’une des ces pommes délicieusement mûres et partager nos vieux jours ensemble, j’ai l’impression que c’est notre chemin. Et cet espoir, partagé par mon partenaire, nous porte, nous pousse à trouver les ressources nécessaires pour réaliser notre rêve dans les passages plus sombres de notre lien. Mais je sais aussi qu’on ne décide pas de tout, que la vie nous conduit parfois sur des chemins insoupçonnés pour le meilleur. Et que peut-être on ne vivra pas cette maturité ensemble, ou si mais que la vie nous poussera ensuite vers une autre expérience.
A chaque cycle traversé, à chaque passage, à chaque doute, je plonge donc à l’intérieur de moi pour écouter ce que la vie me murmure, entendre le chemin qu’elle me propose, celui-là qui génère un pommier abondant je demande. Jusqu’à présent elle m’a toujours invité à continuer ma route avec Sylvain, à laisser mûrir la pomme que nous formons à deux, pour le meilleur.
En vivant honnêtement nos phases de doutes, inhérentes à la vie de couple,
en choisissant d’aller à la rencontre des messages qu’elles portent,
une vraie merveille peut se dégager.

Enfin je te propose cette métaphore avec mon jardin. Un peu étonnante certes.. Mais elle a été un vrai déclic pour moi.
La maison que nous avons acquise est une maison dans laquelle nous imaginions vivre temporairement, le temps de s’installer dans la région et de trouver notre terrain rêvé. Quand j’ai compris que nous y habiterions bien plus longuement qu’imaginé, que la vie me poussait en ce sens, j’ai eu besoin de faire le deuil de notre projet initial. Et j’effectue encore ce deuil par vagues. Cycliquement, je passe par une phase où je me plains de mon jardin : trop petit, trop peu sauvage, trop carré, trop bruyant du passage des routes, tellement pas ce que je rêvais, ça ne me va plus. Jusqu’à revenir dans mon corps, plus présente à mon corps où quelque chose lâche, se rompt, pleure, craque. Mes larmes lavent mon regard et je parviens sans effort à m’émerveiller de l’abondance de mon jardin. J’en ressens toute la merveille. Je me baigne de ses odeurs et de ses couleurs, dans l’instant présent. J’ai aussi découvert des facettes insoupçonnées à mon jardin au fil de ces cycles. J’ai découvert qu’une grande roche à l’énergie particulièrement régénérante, et une résurgence habitent le sous-sol de notre jardin : des ressources sauvages puissantes, invisibles au premier regard mais néanmoins réelles et accessibles à mes sens. Par vagues je lâche les projections mentales et les idéaux, et j’apprends à voir, accueillir et rencontrer l’abondance qui se trouve dans ces 900 mètres carrés de jardin de bourg. Petit à petit, nous façonnons aussi ce jardin. Nous l’avons entouré d’une palissade pour le rendre plus intimiste, fait intervenir un terrassier pour permettre des zones plates, reposantes, ajoutés un sureau et un pommier aux quelques arbres déjà présents et laissés des zones hors tonte où viennent se loger une faune et une flore de plus en plus abondante, je m’en émerveille.
Dans ma relation amoureuse, je vis en fait un peu pareil ! Cycliquement, je passe par cette phase où je regrette ce qui me manque et me place dans l’attente de changements de la part de Sylvain. Ça me fait mal qu’il soit pas assez ci, ou trop ça. Jusqu’à ce que par des chemins parfois inattendus, mon cœur brise ma tourmente mentale et fait éclater à nouveau ce regard neuf, abondant, amoureux. Ce regard qui voit, aussi au-delà du visible, toute la merveille qu’il est et l’abondance qu’il porte. Ce regard qui n’a plus peur du manque. Qui sait ce qu’il m’apporte et ce qu’il ne m’apporte pas et qui est tranquille avec ça. Ce regard tendre qui en miroir reconnaît de même ce que je lui apporte et ne lui apporte pas. Ce regard amoureux qui voit clair. Ce regard patient qui sait agir et dire quand ça devient nécessaire. Ce regard libre. C’est dans un tel climat d’abondance, cycliquement retrouvé, que notre relation se façonne, se réajuste, trouve son rythme et ses outils qui permettent au fil des années aux deux merveilles que nous sommes de petit à petit se révéler !





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