A l'ombre
- astridmariesallets
- 27 mai 2025
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
J’ai à cœur de te parler de sérénité, de tranquillité, de calme. Et je suis tout sauf sereine en débutant cet article :-).
Je suis stressée d'oser ce sujet de la tranquillité intérieure, alors que j'ai la sensation de ne pas si bien l'incarner. Ou tout du moins, d’être à la fois forte et fragile à cet endroit.
Bon bah, je vais faire avec qui je suis :-).
Ça quand on est épris de doutes, de peurs, qu’on se sait plus, que rien est clair à l’intérieur,
que les émotions éclatent, que les raisonnements se contredisent, que c’est le chaos…
Et pourtant du chaos naissent les étoiles. De l’ombre naît la lumière.
Autrement dit, ces passages à la confusion intense, quand bien même parfois douloureux, sont inévitables pour qui souhaite grandir et évoluer vers une version plus épanouie de soi, j'en suis convaincue.
Comme le serpent qui change de peau régulièrement pour se détacher de ce dont il n’a plus besoin, et retrouver une nouvelle souplesse, une nouvelle protection, un nouveau rayonnement, nous vivons aussi cycliquement de petites et plus grandes périodes de transition où l’on se détache d’anciens fonctionnements, croyances et habitudes pour en adopter de nouvelles à mesure que nous évoluons. Ce temps de la mue chez le serpent le rend particulièrement vulnérable, il se rend même aveugle quelques jours. Il est aussi particulièrement sensible au stress et refuse parfois de s’alimenter. Il cherche instinctivement un espace propice à sa mue... ce dont nous aussi êtres humains avons besoin pour faciliter nos passages tempétueux!
Les crises sont donc cycliques tout au long de la vie, elles nous permettent d’évoluer.
Mais comment adoucir ces passages parfois très intenses ?
Ils peuvent de fait être éprouvants : cet entre-deux où je ne suis plus tout à fait ce que j’étais et ne suis pas (et ne sais pas) encore ce que je deviens, il est insécurisant pour nos zones vulnérables. Les peurs et les doutes y sont souvent de mise. Alors comment cultiver le calme, la confiance et la patience dans ces moments ?

Notre nature humaine fait que la nature reste un biais particulièrement puissant d’apaisement et de régulation de nos émotions et de nos pensées. S’allonger à terre, un certain laps de temps, dans son jardin, un parc ou une forêt, aide en profondeur. Aussi, ritualiser de courts instants de connexion aux éléments dans son quotidien, crée un socle solide qui permet aux jours tempétueux de se traverser avec plus de douceur et de stabilité. Par exemple pour l’air : prendre un temps d’observation de sa respiration, sentir l’air qui entre et sort, ou chanter. Pour l’eau : faire la vaisselle les mains nues, écouter l'eau qui s'écoule. Pour la terre : cuisiner, jardiner, ou encore se masser les pieds. Et pour le feu : laisser une bougie allumée.
Allumer une bougie va même à mon sens au-delà de cette connexion aux éléments. Selon sa croyance, et l’intention que l’on y met, laisser brûler une bougie peut devenir un acte symbolique pour demander, affirmer : je désire retrouver le contact avec cet espace qui est calme en moi, qui se sait en sécurité ; je souhaite être en paix avec cette tempête dans laquelle je me trouve et retrouver la clarté. C’est inviter le hasard (utilisez le mot qui fait sens pour vous), à nous soutenir dans notre traversée.
C’est parler le langage de l’âme, de la Vie.
Dans ces passages de panique, d’anxiété, parfois mêlés au découragement ou au désespoir, je suis pour ma part parfois prise d’une envie que ça s’arrête au plus vite. Je cherche en tous sens une solution directe et immédiate pour revenir à ce calme intérieur, une baguette magique. Je n’en ai encore jamais rencontrée à ce jour :-).
J’ai plutôt compris que c’est un passage. Que quand bien même dans la tempête, il m'arrive de fuir ou de douter de toutes ces petites et plus grandes ressources que j'ai récoltées sur mon chemin (des rituels, personnes, lieux, loisirs, etc.), je ressens qu'elles m'aident toutes. Quand la tempête est forte, ce sont d'abord de courts instants de paix, de lâcher-prise, parfois accompagnés de larmes, qui émergent. Et à l’issue de ces courts instants de lâcher-prise, commencent souvent à m'apparaître les actes propices à poser pour continuer de faire évoluer positivement la situation qui me préoccupe : ce peut être un dialogue à engendrer, à l’inverse un temps de recul et de repos à préserver, une aide à trouver, un positionnement à exprimer... Ces actes, je peux en douter à nouveau ensuite. Puis ces instants de paix deviennent des moments prolongés de confiance et d’évidence du nouveau chemin à prendre.
Ces courts instants de lâcher-prise puis ces moments prolongés de paix et d’évidence, ce sont comme d’abord de petites lucioles, puis un feu, ensuite un très grand feu qui s’allument dans la grotte sombre dans laquelle je me trouve, et me guident vers la sortie heureuse.
Quand on sait que ces transitions sont un processus naturel… il y a de quoi se détendre !
Même quand il fait encore tout noir, qu’aucune luciole, aucune once d’espoir d’une issue profondément heureuse ne soit là, on peut se détendre dans le noir. D’autant que continuer de rire, se décontracter, faire des choses qui nous font du bien, aide à faire émerger les premières lucioles ! La légèreté, quand elle ne néglige pas notre sensibilité est un puissant allié.
Et quand la crise est vécue en couple ?
Que l’un comme l’autre on se trouve dans nos ombres, dans la tempête ?
Reviens alors d’abord à toi. Offre-toi cette nature, cette connexion aux éléments. Prends soin de ta tempête intérieure en te faisant du bien, en lui apportant comme tu peux la douceur et la légèreté qu’elle mérite amplement. En revanche, la tempête intérieure de ton/ta partenaire ne te regarde pas en quelques sortes.
Si tu ressens qu’il/elle se trouve dans une passe sombre (dont il/elle n'a peut-être même pas conscience), reviens donc d'abord à toi et observe. Gagne en conscience et honnêteté de ton propre niveau de tranquillité. Si je suis intranquille face à mon/ma partenaire que je perçois être à l’ombre, dans une version peu lumineuse de lui/elle-même, c’est que je suis à l’ombre aussi ! Si j’ai envie de le/la tirer de là, de lui expliquer qu’il/elle est à l’ombre, de lui frayer un passage de sortie, de lui apporter des vivres, des lucioles, ou encore de le/la rejoindre là où il/elle se trouve pour au moins être à deux… c’est que je suis à l’ombre aussi, dans un grotte aussi.
Il t’appartient alors de prendre soin de ton intranquillité et de te sentir responsable de ce que tu vis. Quand tu es face à l’ombre de l’autre, ce n’est en quelques sortes jamais l’autre qui te rend intranquille. Certes, l’ombre de l’autre éveille tes zones fragiles. Mais tu restes responsable de tes zones fragiles, l'autre n’en est pas la cause première ni n'en n'est responsable. Il est essentiellement responsable de ses actes.
Ce n’est pas simple ! Et particulièrement en couple, ce n’est pas simple car on ne s’est pas rencontrés par hasard : les ombres de mon partenaire sont au juste celles qui éveillent facilement les miennes.
Alors apportons-nous d’autant plus suffisamment de temps de ressourcement individuel dans ces passages. Et de temps de ressourcement à deux quand c’est prêt pour être vécu à deux. Une fois que dans ta grotte se sont allumées de premières lucioles, et que de même de la lueur est apparue dans celle de ton/ta partenaire, vous pouvez vivre ces temps de ressourcement bienfaisant à deux : prendre un bain chaud, vivre un massage des pieds partagé, regarder la lune ensemble, etc. Le jeu des voix suivi d'un partage sur vos zones fragiles, tel que proposé à l'article précédent (Le cri de la douleur), est particulièrement propice aussi. Le terrain relativement challengeant du couple peut devenir une aubaine de douceur et de légèreté quand bien même tout n'est pas encore résolu et accordé.
Puis, quand un feu chaleureux commence à briller dans vos grottes respectives, vient le temps du rêve.
Vient le temps de rêver à toutes ces qualités que l'on souhaite vivre plus (ou retrouver) : la complicité, la tendresse, l’intimité, l’aventure, etc. C'est bon de se relier ensemble à nos voeux. C'est même important : cela offre une direction, un horizon. Or en regardant l'horizon... on se prend beaucoup moins les pieds dans le tapis!
Petite vigilance ici : rêver trop tôt, quand encore trop peu de confiance en votre lien est présente dans ta grotte ou dans celle de ton/ta partenaire, peut renforcer le sentiment que le rêve est inaccessible et ainsi desservir votre lien en enfermant davantage dans sa grotte celui ou celle qui n’est pas prêt(e). À l’inverse, vécu au bon moment, rêver va vous apporter de la pétillance et stimuler la mise en marche vers vos rêves.
Voilà une proposition pour vous aider à rêver ensemble et commencer à mettre en matière vos souhaits :
Il est donc à vivre seulement si tou(te)s les deux vous vous sentez prêt(e)s à rêver ensemble.
Prenez une pile de magazines, de revues, d’illustrations diverses, et branchez-vous sur vos cœurs. Vous pouvez allumer une bougie symboliquement pour soutenir cette descente dans vos cœurs si cela fait sens pour vous, et/ou installer un joli fond musical.
Puis, chacun(e) de votre côté, feuilletez, découpez, rassemblez les images qui vous touchent, créent de l’espace dans votre cœur, vous font sentir lumineux(se). Ne réfléchissez pas trop, restez dans vos ressentis, surprenez-vous.
Une fois que vous avez tou(te)s les deux rassemblé cinq à dix images, posez-les à terre côte à côte. Et arrêtez-vous ici un instant. Prenez le temps de regarder, de vous laisser toucher ensemble par les images présentes.
Puis sur une grande feuille blanche, disposez toutes vos images. Amusez-vous, collez-les, et ajoutez les mots, les couleurs, les symboles,... qui font vibrer vos cœurs ensemble.
Vous n’avez plus qu’à afficher votre création dans un bel endroit de votre chez vous! Choisissez un endroit relativement visible, l'idée étant que votre création imprègne votre quotidien.
Mais qu’en est-il enfin quand mon/ma partenaire se trouve à l’ombre, et moi vraiment pas ?
Que moi je suis vraiment en train de danser dans la lumière et que mon/ma partenaire est figé(e) dans sa grotte ? Car on n’évolue pas toujours au même rythme : là où j’ai gardé ou retrouvé tout mon vivant, l’autre peut ne pas encore l'avoir retrouvé.
Je te partage ici notre expérience (et je remercie tout particulièrement Sylvain, mon chéri, d'avoir accepté que je livre cet espace plus vulnérable de notre lien). Être à l’aise avec le regard des autres sur tout ce qui touche à mon image (mes vêtements, la déco intérieure de notre maison, ma vitrine professionnelle...), ce n'est pas encore simple pour moi alors que mon partenaire est quant à lui très tranquille avec son image. Et inversement, exprimer ma joie sous toutes ses formes (en dansant, en sautant au plafond... :-), c’est relativement simple pour moi (quand je ne crains pas pour mon image, bien sûr ;-)!) alors que l’expression spontanée de la joie n’est pas si aisée pour mon partenaire.
Donc quand je saute de joie à la maison : Ca réveille les ombres de mon partenaire (de la jalousie, du rejet, du repli…). Je suis simplement dans ma lumière, et lui se prend de grosses vitres : c’est comme si, attiré par la lumière, il se met inconsciemment en marche de sa grotte vers l’expression spontanée de sa joie, quand je saute de joie. Et bam, sur ce chemin il se prend ces différentes vitres, ces différentes réactions intérieures, insoupçonnées tant qu’il n’était pas en marche.
Si moi c’est encore fragile aussi pour moi d’oser cette joie, il y a des chances que je me retrouve aussi rebelote dans ma grotte, quelques vitres en arrière (me juger d’être gamine, pas assez femme, surjouer ma joie,… ). Je me retrouve derrière mes propres vitres que je me prends également en pleine face :-).
Ça fait parfois très mal, mais avec humour, il y a de quoi en rire :-)!

Puis à mesure de mon chemin de guérison, ça devient de plus en plus simple pour moi de rester à la lumière, de rester tranquille dans ces moments de joie spontanée, heureuse, quand bien même lui se prend des vitres, réagit. Je suis triste parfois, touchée, ou frustrée de ne pas encore pouvoir vivre cette joie ensemble, d’être à la lumière ensemble, mais heureuse. Et de même, lui patiente tranquillement, il est parfois touché de me voir en peine quand je galère avec mon image, ma peur du regard de l'autre, quand il change les décos de la maison, mais heureux.
C’est pour moi l'une des façons les plus puissantes de rester au service de son/sa partenaire : oser cette lumière en sa présence, cette tranquillité. Ça le/la met en chemin.
Reste donc dans ton vivant, gagne en conscience et honnêteté de ton propre niveau de tranquillité,
et confie ton/ta partenaire.
Je te partage enfin ce beau chant qui est l'une de mes façons préférées de confier mon chéri à « la Vie ».
« Toi Sylvain, je chante pour toi, je chante pour toi.
Toi Sylvain, je chante pour toi, je chante pour toi.
La Terre Mère et tous ses enfants, ceux qui m’entourent, je vous offre ce chant ».
Tu peux remplacer le mot « Sylvain » par à peu près tout. Tu peux te confier toi, ton chat, les oiseaux, confier tes réactions, ses réactions, confier tes peurs, ses joies…
Tout mérite d’être confié, chéri et aimé.
Quand tu chantes pour l'autre, tu chantes toujours pour toi aussi.
Tu peux chanter seul(e) ou entonner ce chant en présence de tes proches.
L’homme chante depuis la nuit des temps car c’est si bon.
L’homme danse, bouge depuis la nuit des temps. C’est si bon.
Finalement, ce n’est pas le chaos, la confusion, les peurs, les doutes qui font s’éteindre nos relations. C’est quand on ne bouge plus, quand on ne veut plus bouger, ou qu’on ne réussit plus à bouger.
J’espère ici t’avoir transmis des façons accessibles de bouger.





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