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Le cri de la douleur

  • astridmariesallets
  • 30 avr. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 22 heures

Il était une fois ces zones en nous qui crient…


Ces zones où j’accumule de la frustration, où je ne sais ni plus comment faire, ni comment m’exprimer pour être comprise et entendue par l’autre. Et où parfois je finis par enfouir mon cri, à l’oublier.



Au juste dans ces zones-là, il y a un grand trésor.


Car ces zones frustrées et en souffrance datent de bien avant la relation de couple. En particulier, ces besoins que je ne parviens pas à transmettre à mon partenaire correspondent aux besoins qui déjà n’étaient pas pleinement vus ou conscientisés par les personnes qui se sont occupé de moi enfant.


Alors j’ai quitté ma façon naturelle et authentique de demander, de m’exprimer. À la place je me suis mis(e) à emprunter d’autres voies/voix plus tordues pour tenter de me faire entendre. Et l’une d’elles est devenue mon habitude. J’ai fini par adopter cette voie/voix qui n’est pas ma voix première, naturelle... À chacun la sienne :-)!


Et toi, comment résonne la tienne ? Comment résonne ta voix d’habitude ?

Blasée, tue, nerveuse, discrète, langoureuse, guillerette, aboyante, stridente, sèche, apeurée ?


Et si nous retrouvions notre voix authentique ?

Et si nous exprimions nos frustrations avec cette voix racine, serions-nous beaucoup mieux entendus ?


Je te propose ici un exercice pour venir rire avec ta voix, jouer avec elle, l’embrasser, retrouver ton naturel ! Puis en seconde partie, je t’offre un guide pour passer d’une frustration fermée, à un cœur curieux, disponible et ouvert à recevoir.


Cette première partie de l’exercice, tu peux la vivre avec ton partenaire ou un(e) ami(e) : vous allez jouer avec vos voix ensemble.

Je vous invite à vous mettre debout et à sentir vos corps souples : vous pouvez secouer légèrement les pieds pour relâcher les chevilles, les jambes. Montez, descendez vos épaules, balancez vos bras, vos coudes… Faites ce dont vous avez besoin pour vous sentir un minimum dégourdis avant de commencer.

Puis testez ces 5 cris d’animaux ensemble : amusez-vous à essayer à les incarner pleinement. Et surtout, regardez-vous dans les yeux tout au long de ces essais de sons : le miroir que vous offre votre partenaire est essentiel. Faites vous plaisir !

- le « ssssssssss » du serpent

- le « rrrha » du renard (un « r » qui part du fond de la gorge)

- le « ououououou ouou ououou » du chien (qui a envie ou qui est triste)

- le sifflement d’un oiseau

- le « toctoc toctoc toctoc » du galop du cheval (soit un son qui « frappe »)

Vous voilà tous les deux à présent plus à même d’être curieux les jours à venir de votre voix : « Tiens là elle est plus aiguë », « Ici je prends une voix plus grave », « Pourquoi je me mets à parler plus vite ? », « Je parle plus bas à présent… ». Gagnez pas à pas en conscience de votre voix : Résonne-t-elle libre ?


La seconde partie de cet exercice se vit individuellement.

Prends de quoi écrire, et installe-toi confortablement. Ensuite, note et complète ces 5 amorces de phrases. Veille éventuellement à prendre un temps de centrage au préalable, l’idée étant de « laisser parler ton cœur ». Laisse toi surprendre par ce que tu écris.

Petit avertissement : si à un quelconque moment tu ressens que ce temps d'écriture ne te fait pas ou plus du bien, suspends l'exercice. Certaines amorces éveillent de l'inconfort, si cet inconfort se met à prendre trop de place, suspends donc l'exercice et prends un moment pour te reconnecter au présent et à ce qui te fait du bien.

- Une qualité que j’apprécie chez lui/elle…

Veille à laisser passer ici les trois premières qualités qui te viennent à l’esprit spontanément, note essentiellement la quatrième qualité. Ensuite prends le temps de t’imprégner de ce que tu viens d’écrire.

- Une chose qui me frustre chez lui/elle, c’est…

Note ta frustration en quatre, cinq mots max, ne t'éternise pas, va à l'essentiel de ce qui te frustre.

- Dans cette zone-là de notre relation, je me sens…

Vois les différentes émotions qui sont présentes en toi. Prends le temps d'observer et note-les une par une. L’idée n’est pas tant de plonger dans tes émotions pour les décrire, tu peux simplement « rester au bord du lac de tes émotions avec juste un orteil dedans » pour te permettre de les goûter simplement, de les voir chacune. Si tu manques de mots pour nommer précisément tes émotions, tu peux utiliser des images. Par exemple : « je me sens toute petite », « je me sens comme un gros sac qui va bientôt fissurer », et « j’ai de la colère ». Entoure enfin intuitivement l'émotion qui te touche particulièrement, et connecté(e) à cette émotion, réponds à l'amorce suivante :

- Ce que cela m’évoque de mon enfance…

Vois si un souvenir précis te remonte ou le souvenir d’un contexte global de ton enfance (ou de ton adolescence).

- Ce dont j'aurais particulièrement eu besoin de la part de mon parent (de la personne qui s'occupait de moi) dans cette situation…

Écris ici toutes les choses qui te passent à l’esprit, ne te censure pas même quand cela t’étonne. Vois si l’une de ces choses te touche particulièrement et entoure celle-là qui à cet instant te touche le plus. C'est probablement le besoin qui t'est le plus important en ce moment, aussi dans la situation que tu vis actuellement avec ton/ta partenaire.

Enfin, je t'invite à remonter : à réemprunter ces 5 marches d'escaliers qui t'ont permis de descendre jusqu'à ton besoin essentiel. Emprunte-les cette fois dans l'autre sens : relis l'émotion que tu as entourée sur la troisième marche, puis relis ta frustration de départ sur la deuxième, et enfin cette qualité que tu apprécies chez ton/ta partenaire sur la première. Nourris-toi de tout ce bon dans ton présent, et remercie-toi de ce voyage : tu viens en quelques sortes de ramener à la surface de ton existence un trésor enfoui dans ton passé (ce besoin essentiel que tu viens de discerner) et dont tu vas à présent pouvoir jouir.

Voilà qui termine ce second temps de l’exercice. Je t’invite à être curieux(se) dans les jours à venir de ce qui pourrait bouger. Car d’être à présent reconnecté(e) à l'essentiel de ton besoin, et de lui avoir accordé ta propre pleine considération et présence, va te permettre de recevoir plus fluidement ce que tu souhaites profondément (peut-être sous une forme inattendue!) . Tu es à présent ouvert(e) à recevoir, là où tu étais pris(e) de frustration.

Enfin, tu pourrais d’autre part ressentir l’élan de partager ton écriture à ton/ta partenaire, ou d’écouter la sienne. Vérifiez dans ce cas chacun votre disponibilité à offrir votre écriture d’une part et à recevoir la sienne d’autre part. Ce partage peut se vivre dans les deux sens, ou dans un seul sens, selon vos disponibilités respectives.


Quand nous nous exprimons à notre partenaire, non plus depuis notre frustration, mais depuis cet espace curieux, ouvert et sensible à nos ressentis dans la situation… Cela change tout. C’est ce que j’appelle « parler de sa douleur en passant par le cœur et non pas depuis la blessure ».


Parler de sa douleur en passant par le cœur change tout.

Il n’y a là aucun reproche, aucune exigence, juste une voix accueillante, chaude et sensible,

ouverte à recevoir.


A l’inverse, parler depuis notre blessure, enserre, étrique, grince notre communication. Cela ferme notre cœur quand bien même nous sommes en train de nous exprimer, de demander. Inconsciemment nous nous fermons alors que nous désirons tellement recevoir.


Et puis il y a ces grandes blessures. Celles-là plus profondes, plus enfouies encore pour lesquelles parler depuis le cœur ne suffit pas toujours à enclencher un changement.


De la puissance est nécessaire.


Nous avons non seulement chacun une voix racine : cette voix authentique qui est naturellement là quand nous parlons en passant par le cœur. Mais nous avons tout un chacun aussi une voix de puissance pour nous permettre de « crier avec le cœur » : un cri chaud et vivant.


Pensez à ces chanteurs et chanteuses, à la voix puissante, qui vont jusqu’à laisser transparaître leur âme sur scène. Nous avons ainsi tout un chacun une voix de puissance capable de générer une vibration telle qu’elle ne laisse personne indifférent sur son passage. Une vibration qui allume quelque chose dans le cœur de celui/celle qui l’émet et de ceux et celles qui la reçoivent.


A l’inverse, crier (véritablement ou en silence) depuis notre souffrance, accentue notre blessure. Ce cri est vif, creux et coupant. Il nous coupe de qui nous sommes véritablement, il nous coupe de notre être vivant et chaud. Il creuse notre souffrance.


Alors engageons-nous avec amusement et conscience sur ce chemin. De vraie note en fausse note et de fausse note en vraie note, retrouvons nos voix naturelle et voix de puissance.



Au cabinet, entendre les couples retrouver pas à pas cette expression ouverte, puis puissante, de leurs besoins me touche beaucoup. Et ce qui me touche particulièrement, c’est l’effet de leur voix de puissance sur leur partenaire.


Pour celui/celle qui écoute, quelque chose s’allume là où s’était éteint.

Un élan rejaillit. Un élan de s’offrir.


A mon sens, on ne se rencontre pas par hasard. On ne tombe pas amoureux par hasard, on tombe amoureux des personnes qui portent les mêmes blessures que nous, les mêmes manques dans l'enfance (manque de toucher tendre, de fermeté bienveillante, d'accueil sincère.. par exemple). Nous avons souvent développés des stratégies très différentes pour vivre avec ces manques. Et ces stratégies nous opposent, elles peuvent même nous rendre pires ennemis : les stratégies que mon partenaire a développées sont très à même d’appuyer là où ça fait mal chez moi. Et inversement, celles que j’ai développées, dont je ne suis pas toujours conscient(e), appuient particulièrement sur ses blessures. Et…


Alors que nos stratégies nous opposent, qu’en surface nos besoins se révèlent incompatibles, dans le fond, nous avons non seulement la même blessure mais aussi le même besoin. Nous n’avons l’un comme l’autre pas appris à répondre à ce besoin de fond, commun, de façon équilibrée.


Il y a là un grand trésor. Quand nous revenons à la racine, à ce besoin commun, caché derrière nos attentes respectives, celui-là peut nous rendre meilleurs amis. Qui peut mieux entrer en compassion avec notre souffrance que les personnes qui ont vécu la même blessure, le même manque que nous.


Il y a là le potentiel d’un grand terrain d’amitié, de compassion mutuelle, et de croissance.


C’est emplis de cette compassion mutuelle que nous pouvons alors marcher ensemble, main dans la main sur notre chemin de couple. Comme de grands enfants qui prennent plaisir à l'aventure, qui s'essayent, apprennent, découvrent, nous pouvons faire délicieusement équipe vers une vie plus équilibrée.


Et s’offrir des cadeaux ! Car c’est en offrant ce qui m’a manqué enfant, qu’est là la voie la plus puissante de ma guérison. On pense souvent avoir besoin de faire l’expérience de recevoir pour seulement ensuite pouvoir offrir… et si on inversait cette donne ?


Et si j’osais déjà m’offrir ? Et si je m'essayais à ce toucher tendre, cette fermeté bienveillante, cet accueil sincère,... que j'ai peu reçus ? Je suis au départ assez gauche, c’est sûr, dans ces zones où je n’ai pas reçu. Et si j’y allais quand même, main dans la main avec ma maladresse ?


Quand j’entends mon partenaire exprimer son besoin depuis sa voix de puissance, ça allume quelque chose en moi. Ça allume particulièrement quelque chose en moi car on ne s'est pas rencontrés par hasard. Ça allume ce manque que moi aussi je porte et que j’avais oublié. Ça allume cette envie de lui offrir ce dont moi aussi j'ai pourtant besoin et que je laisse à présent exister. A mon rythme et avec indulgence, je m’essaie à lui offrir et en lui offrant le cœur ouvert je me guéris.



Dans ces zones qui crient en chacun de nous dans la relation, il y a finalement le potentiel d’une puissante croissance mutuelle (qui peut se vivre mais ne doit pas toujours se vivre).


 
 
 

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